Exposition proposée par le Département du Tarn, service de la Conservation départementale des musées du Tarn, en partenariat avec l’espace photographique Arthur Batut, Labruguière.

Dans cette exposition ont été retenues trente représentations de femmes faites par l’illustre photographe tarnais : femmes de la ville, femmes de la campagne, femmes réelles, femmes suggérées, femmes aimées ou inconnues, clichés posés ou captés sur le vif… la femme apparaît dans sa diversité et son intemporalité grâce au génie d’Arthur Batut (1846-1918).

Photographies d’Arthur Batut (Castres 1846, Labruguière 1918)

« Les archives d’Arthur Batut (lettres, notes, mémoires etc.) conservées à l’Espace photographique Arthur Batut ne disent pas grand-chose du rapport de l’illustre photographe labruguiérois avec les femmes. Marié à 21 ans à sa cousine germaine Blanche Tournier qui elle en a 19, il a deux fils : l’ainé, Raoul, lui donne trois petites filles qui sont très présentes dans les clichés de leur grand-père alors que les deux fils de Gabriel, son second fils, passent rarement devant l’objectif.
Les femmes représentées dans le fonds photographique que nous a légué la famille Batut sont loin d’être uniquement celles de la famille (mères, femmes, cousines, petites filles etc.). Les recherches d’Arthur Batut sur le portrait type, sa grande curiosité et son ouverture d’esprit le conduisent à photographier aussi bien de simples servantes, des paysannes que les élégantes femmes de la bourgeoisie tarnaise.

On peut distinguer dans ces représentations féminines deux grandes catégories que sont, d’une part, les portraits réalisés en atelier et, d’autre part, les images saisies sur le vif à l’extérieur. Dans la première catégorie, le sujet photographié est le complice d’une mise en scène voulue par le photographe. Le regard est le plus souvent dirigé vers l’objectif et le fonds neutre décontextualise la représentation. Cependant l’effet de « mise en scène » est beaucoup plus accentué dans les photographies de jeunes femmes issues de l’entourage du photographe comme l’attestent certain clichés ouvertement inspirées par des gravures de mode de l’époque. La représentation de la femme « en cheveux » modèle que l’on retrouve coiffé dans deux autres images, est particulièrement remarquable car il est rare à cette époque qu’une femme accepte de se montrer décoiffée. D’autres adoptent des poses plus sobres que ce soit dans l’atelier ou sur la terrasse d’En Laure, la propriété du photographe près de Labruguière. Les deux servantes en train de repasser face à face ont été photographiées dans l’atelier de Batut et non sur le lieu d’activité, comme cela va être le cas des paysannes qui ramassent le foin ou des charbonnières de la Montagne Noire. Ce choix s’explique probablement par la volonté d’Arthur Batut de composer son image et de mettre en avant les habits, gestes et accessoires des jeunes domestiques.
Sur une autre image réalisée en studio, le corps de la femme est absent de la représentation : ne reste que ses vêtements et accessoire prétextes à une composition bien soignée.
Ce goût pour la composition se retrouve dans le cliché de la jeune femme drapée au bord d’un ruisseau : l’utilisation du drapé à la mode antique et le geste théâtral du modèle renvoie à l’esthétique pictorialiste en vogue chez les photographes amateurs à cette époque. La référence à la peinture se retrouve aussi dans le portrait de la mère du photographe assise devant une fenêtre qui fait immédiatement penser aux peintures en clair-obscur des maitres flamands de la Renaissance. De même, dans les trois autochromes (premier procédé photographique couleur commercialisé par les frères Lumière qu’Arthur Batut adopte dès son invention) le temps pose assez long, imposé par cette technique, contraint le photographe à revenir à des poses proches de la tradition du portait peint. A l’inverse, loin de toute référence picturale, Arthur Batut pratique un portrait d’atelier qui s’apparente à la photographie judiciaire : absence d’expression du sujet, frontalité, fond et lumière neutres caractérisent ces prises de vue qui sont guidées par l’objectif de réaliser des portraits type, tels que celui des femmes de Sémalens, technique qui consiste à superposer photographiquement les visages de plusieurs personnes. La photographie instantanée qui apparaît dans les années 1880 permet à Batut de faire ce qu’on appellerait aujourd’hui du reportage : ici le corps de la femme, que ce soit celui fatigué et usé des classes laborieuses ou celui plus soigné de la petite ou grande bourgeoisie, est saisi sans apprêt ni mise en scène, en mouvement dans le contexte de la vie quotidienne ou de moments plus festifs. »

Dominique Blanc, responsable de l’espace photographique Arthur Batut, Labruguière (81)

Arthur Batut, né le 9 février 1846 à Castres, mort le 19 janvier 1918 à Labruguière, est un photographe français, pionnier des « portraits types » et de la photographie aérienne automatique en France.